De nouvelles recherches mettent en lumière une autoroute biologique complexe : l’axe intestin-cerveau. Alors que les scientifiques savent depuis longtemps que le système digestif et le cerveau communiquent, des découvertes récentes suggèrent que le café, qu’il contienne ou non de la caféine, joue un rôle important dans ce dialogue. Les implications vont au-delà de la simple vigilance, pointant vers des bénéfices potentiels sur l’humeur, la régulation du stress et la fonction cognitive.
L’étude : un regard sur les changements du microbiome
Une étude récente a étudié la relation entre la consommation de café et le microbiome intestinal chez 62 participants : 31 buveurs réguliers de café et 31 non-buveurs. L’équipe de recherche a suivi un large éventail de paramètres de santé, notamment le régime alimentaire, les évaluations de l’humeur et les échantillons biologiques (urine et selles) pour analyser la composition microbienne.
La conception expérimentale était rigoureuse. Il a été demandé aux buveurs réguliers de café de s’abstenir de café et de toute source de caféine pendant deux semaines. Après cette période de « sevrage », les participants ont recommencé à boire du café pendant 21 jours. Fondamentalement, le groupe était divisé : la moitié recevait du café caféiné et l’autre moitié du café décaféiné, les participants ne sachant pas quel type ils consommaient.
Principales conclusions : décaféiné ou caféiné
Les résultats ont révélé des avantages distincts mais qui se chevauchent pour les deux groupes, ce qui suggère que l’impact du café sur le cerveau n’est pas uniquement dû à la caféine.
- Humeur et stress : Les participants des deux groupes décaféinés et caféinés ont signalé des améliorations de leur humeur, notamment une réduction du stress, de la dépression et de l’impulsivité.
- Différences cognitives :
- Ceux qui boivent du café caféiné ont signalé une attention accrue et une anxiété réduite.
- Ceux qui boivent du café décaféiné ont signalé un meilleur apprentissage, une meilleure mémoire, un meilleur niveau d’activité physique et une meilleure qualité de sommeil.
Sur le plan biologique, l’étude a révélé que des métabolites spécifiques (petites molécules produites au cours du métabolisme) se modifiaient lorsque les participants arrêtaient de boire du café, mais revenaient en grande partie à leur niveau de base lors de la reprise. De plus, des comparaisons de base ont montré que les buveurs réguliers de café présentaient des niveaux plus élevés de bactéries bénéfiques spécifiques :
* Cryptobacterium curtum : Lié à la santé bucco-dentaire.
* Eggertella sp. CAG:209 : Associé à la dégradation des graisses et à l’absorption des vitamines.
* Firmicutes CAG:94 : Lié aux états émotionnels positifs chez la femme.
Pourquoi c’est important : le mécanisme derrière la tasse
Même si l’étude confirme une corrélation, elle ne prouve pas définitivement le lien de causalité. Cependant, les experts proposent des explications plausibles sur la façon dont le café pourrait influencer la santé du cerveau et de l’intestin.
1. Modulation via les métabolites
John Cryan, PhD, co-auteur de l’étude et titulaire de la chaire d’anatomie et de neurosciences à l’University College Cork, souligne que le café « module les processus liés au cerveau via le microbiome intestinal et le métabolisme ». Les changements dans les métabolites microbiens peuvent signaler au cerveau, influençant le comportement et l’humeur.
2. Médiation Physiologique
Sushrut Jangi, MD, gastro-entérologue au Tufts Medical Center, note que si les effets physiologiques du café (comme l’augmentation de la fréquence cardiaque et de la vigilance) sont bien connus, cette étude met en évidence le rôle du microbiome en tant que médiateur. “Le café peut provoquer des modifications des métabolites microbiens, qui entraînent ensuite des changements d’humeur et de comportement dans l’axe intestin-cerveau”, explique-t-il.
3. Prise en charge des neurotransmetteurs
Clifford Segil, DO, neurologue au Providence Saint John’s Health Centre, souligne l’acétylcholine, un neurotransmetteur essentiel à l’apprentissage et à la mémoire. La consommation de café peut contribuer à augmenter les niveaux de ce produit chimique, renforçant ainsi la fonction cognitive.
Contexte et limites
Il est important de considérer ces résultats avec la prudence scientifique appropriée. L’étude était de petite taille (31 participants par groupe) et observationnelle dans ses comparaisons de base. Les chercheurs n’ont pas établi de « dose » prescriptive pour les bienfaits pour la santé ; les participants à l’étude consommaient généralement trois à cinq tasses par jour (l’équivalent de quatre sachets de café instantané pendant l’intervention).
« L’impact global dépend probablement de l’individu, du type de café et de la manière dont il s’intègre dans son mode de vie plus large », note le Dr Cryan.
Conclusion
Cette recherche souligne que le café est une exposition alimentaire complexe plutôt qu’une simple source de caféine. Bien que cela ne suggère pas que les non-buveurs devraient commencer à consommer du café pour améliorer leur santé, cela valide les avantages potentiels en matière de neuroprotection et d’amélioration de l’humeur pour ceux qui l’apprécient déjà. En fin de compte, les aliments et les boissons quotidiens peuvent avoir des effets significatifs et mesurables sur la connexion intestin-cerveau.


























